Christine and the Queens, de sa Nuit 17 à 52

Christine and the Queens, de sa Nuit 17 à 52

Héloïse est certainement la femme artiste qui aura eu le plus d’influence sur mon parcours musical. Alors qu’on sortait du théâtre de la Loge pour assez vite entamer une discussion sur les chats, je lui demande ce qu’elle fait en ce moment. À l’époque, après plusieurs tentatives, elle cherchait à s’accompagner d’un réalisateur pour mettre en forme son EP. Assez naïvement, je lui propose qu’elle m’envoie ses maquettes pour faire un essai dans mon petit home studio du 18e. Quand on ne demande pas, la réponse est toujours « non »… Elle a accepté que l’on se voit pour écouter ses idées, et très vite je me suis plongé dans son univers, pour la première fois en tant que réalisateur. J’ai choisi de commencer par Loving Cup pour me mettre à l’aise, puis Starshipper, bien plus complexe. Quelle joie de l’avoir entendu en 3D ouvrir ses concerts ! Au moment fatidique de lui faire écouter Loving Cup, je n’ai aucune idée de la façon dont Héloïse va recevoir mon travail.

Confier son bébé est un des choix les plus difficiles pour un.e artiste.

Après un court instant, elle me demande d’écouter une 2e fois. Son sourire enfantin je m’en souviens comme si c’était hier. Elle le commentera d’un touchant : « j’entends enfin mon morceau… ». Finalement je crois que ce qui me nourrit le plus c’est de voir un.e artiste, mais surtout un être humain sensible partager sa joie de (re)trouver sa voie, sa lumière, sa place et le sens de ce pour quoi elle/il a choisi cette vocation.

 

Le plus long restait à venir puisque nous devions nous pencher sur les fameuses nuits de 17 à 52. Lorsque que quelqu’un vous confie un diamant brut pareil, la moindre intention trop appuyée, la moindre volonté superflue, le moindre geste un peu trop brusque peuvent réduire un potentiel bijou en mille morceaux, mi-figue mi-raisin, mi-guimauve mi-barbe à papa. Nous avons passé du temps à évoquer toutes les possibilités, les versions, les visions, les couleurs, les goûts, les parfums, pour aboutir ce qui en fin de compte n’est que le simple instantané d’un mouvement, d’une émotion, pratiquement la première version à quelques détails près. Comme si l’humain était à peine capable d’en saisir les nuances sans poser une volonté qui risquerait d’abimer cette chose fragile et éphémère qu’est une chanson.

Les quelques heures qu’Héloïse aura passées avec moi dans cette petite pièce rue Boinod ont marqué mes premiers pas en tant que réalisateur, tant par ce travail de collaboration qui nécessite une complicité qui n’existe pas dans d’autres types de relation, que par sa détermination et son sens de la vision et de la projection. C’est une des personnes qui m’a appris à voir la puissance de l’intention.

Elle a fini par me dire : « Bon, j’espère que ça va marcher mon projet, comme ça t’aura plein de taff… »

 

By | 2018-04-03T23:57:12+02:00 novembre 20th, 2017|Créations|0 Comments

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