Exercise on Music for Dance

Exercise on Music for Dance

Je suis né dans une famille de danseurs et de danseuses du côté maternel, et ce contexte de naissance m’aura marqué à vie, dans les moindre recoins de mon corps, de ma sensibilité, de mes émotions, et de ma créativité. Pourtant, au départ, c’est par la musique que je suis entré dans la pratique artistique. J’ai toujours refusé de danser avec ma mère, mon grand-père chorégraphe, et le reste de la compagnie, par pudeur peut-être et par timidité sans doute, comme si ça me demandait même tout jeune, de sortir de moi, de me livrer complètement, corps et âme à la perte de contrôle, au lâcher-prise total. Je n’ai jamais pu, jamais osé danser jusqu’à récemment.

Mon approche de la musique est viscérale, organique, vivante, en mouvement. Elle doit pénétrer le corps, et chaque vibration, chaque fréquence, donnent un ordre bien précis aux organes, aux muscles, aux os, aux nerfs, aux neurones : dansez !

Il y a un an j’ai pris mon premier cours de danse contemporaine. Cela m’avait pris plus de 30 ans pour me réconcilier avec ma famille, mes origines, mon corps, ma féminité, ma masculinité. J’y ai rencontré plusieurs professeurs dont Irene Van Zeeland, spécialisée dans l’approche de Merce Cunningham. Elle m’a donné le goût de l’exigence et de la simplicité à la fois, de la sobriété et de la richesse en même temps. Nous sommes rapidement devenus amis et nous avons échangé sur les thèmes de la créativité, des rapports humains, de la gestion des émotions. Elle m’a fait part de son projet de voyage à Bangalore en Inde, où elle partait pour 4 mois enseigner la technique de Cunningham à des étudiants danseurs, futurs professionnels pour la plupart. Après quelques échanges, j’ai rapidement accepté de collaborer avec elle sur des créations originales, sur place, à l’école Attakkalari Centre for Movement Arts.

 

Tout le concept de cette collaboration reposait sur le rapport entre la musique et la danse, pensé par Merce Cunningham et le compositeur John Cage. Irène avait au préalable montré cette interview à ses élèves pour qu’ils en tirent l’essence et s’en servent comme base pour leurs créations. L’idée principale pour ces deux artistes est que les seuls points communs entre la musique et la danse sont l’espace et le temps. Ils considèrent ces deux entités comme séparées et autonomes, partageant le même espace-temps pour se retrouver parfois grâce au hasard sur des points de croisements un peu magiques appelés « structure points ». Les élèves, Irène et moi-même avons donc travaillé la matière en jouant avec ces différents principes : le hasard, les points de croisement, l’espace et le temps. Ce qui m’a plu dans cette expérience c’est de pouvoir se servir des contraintes comme points d’appui pour créer en les contournant ou en les dépassant, et d’allier une réflexion mathématique à une approche sensible.

Pour la créativité, être complètement libre est souvent un frein. Alors que jouer avec des contraintes, des thèmes imposés, des limites, stimulent la capacité du cerveau à créer de nouveaux circuits neuronaux, ce qui crée de l’adrénaline qui relance d’autant la stimulation et les idées.  

Littéralement, le cerveau ne comprend pas ou plutôt ne traduit pas les formulations sous forme de négation. Penser à ne pas oublier de sortir le linge de la machine se traduira dans notre matière grise par oublier de sortir le linge de la machine. Pour un créatif, être complètement libre équivaut à une page blanche. Autrement dit : « pas de contrainte » se traduit par « toutes les contraintes ». Pour cette collaboration, nous avons donc travaillé dans les deux sens. J’ai créé certaines pièces en amont du mouvement, et certaines chorégraphies ont été conçus en amont de la musique. Dans les deux cas, les points de rencontrent qui ont été gardés au final n’auraient pas pu être pensés en amont de tout ça. Il a bien s’agit de jouer dans un espace-temps avec deux entités autonomes, et dont la relation n’a ni début, ni fin. Penser l’humanité sous cet angle pourrait donnait lieu à un monde plus équilibré entre la logique et la sensibilité.

 

Nous avons finalement rendu hommage aux deux hommes qui nous ont inspirés cette pièce en utilisant leur concept comme matière manifestée, pour passer du monde des idées au monde du mouvement, du monde de l’abstrait au monde de l’incarnation. L’idée est simple : mettre en abîme sous trois dimensions différentes le lien entre musique et danse. Ainsi, le geste utilise l’espace-temps à des endroits et des vitesse différentes en citant lui-même le concept et le son utilise l’espace-temps sous trois aspects différents lui aussi, à savoir la citation inclue dans le geste, le sample du discours original et la citation par le piano qui joue la citation du concept.

By | 2018-05-01T00:57:07+02:00 avril 20th, 2018|Inspirations|0 Comments

Leave A Comment