Interview pour le Studio des Variétés

Interview pour le Studio des Variétés

Artiste, réalisateur, compositeur et coach, Angelo Foley a plus d’une corde à son arc. Reconnu pour ses réalisations des EP/albums de Christine and the Queens, Grand Corps Malade, Eddy de Pretto… il intègre l’équipe des intervenants professionnels du SDV.

Au printemps 2018, Angelo Foley propose deux nouveaux stages collectifs : « De la peur à la création » et « De la direction artistique à la production ». Découvrez-le…

Quelles sont les 3 dates clés de ton parcours?

A l’âge de 5 ans, ma mère m’a inscrit à l’école de musique. C’est le point de départ de tout.

Le deuxième moment marquant de mon parcours est la création de mon groupe. Malgré tout le plaisir que j’y ai pris, j’ai réalisé qu’être en studio, accompagner des groupes et créer avec eux était ce qui m’intéressait le plus. Les retrouvailles avec mon père biologique incarnent le troisième événement qui a fondamentalement marqué mon existence. A la suite de ça, j’ai entamé un travail sur moi même et j’ai commencé à m’intéresser au fonctionnement de l’être humain, aux mécanismes de la peur, de l’amour, de la mort, de l’ego… C’est précisément là que j’ai compris qu’au delà d’accompagner les artistes dans la création, j’avais aussi envie de transmettre.

Tu as plusieurs casquettes, et maintenant celle d’intervenant pédagogique. Comment en es-tu venu à l’accompagnement d’artistes ?

Mon désir de transmettre vient de l’envie de partager ce qui m’a permis de me libérer personnellement. J’ai constaté que j’avais vraiment avancé artistiquement une fois que j’ai eu avancé sur moi-même. Bien sûr, j’ai suivi une formation artistique au conservatoire et en école de musique, j’ai acquis la technique qui est fondamentale pour l’artiste. Mais, une fois libéré de cette technique, j’ai remarqué que des blocages subsistaient. Selon moi, l’artiste n’est pas dissocié de ce qu’il vit personnellement et comment il le vit. En ce sens, la formation me permet d’accompagner les artistes en partageant ma propre expérience, autour du concept de liberté, une notion centrale dans mon approche.

Dans mon travail de réalisateur, j’ai constaté que l’exercice de création était 10 fois plus efficace quand on prenait le temps en amont, avec l’artiste, de réfléchir, d’échanger, de le confronter à des questions profondes, plutôt que de foncer tête baissée dans la réalisation pure de l’EP ou de l’album.

Au final, je ne fais peut-être que 10% de musique dans tout le processus de production mais, ces 10% se font de façon fluide, sans frein, sans résistance. Aujourd’hui, je réalise que la plupart des artistes n’ont pas conscience que ça pourrait être différent. Beaucoup sont convaincus que leurs blocages, leurs peurs, leurs souffrances, leurs douleurs… leur permettent d’écrire, de s’inspirer, de créer, de monter sur scène… J’ai envie de leur dire qu’au contraire et malgré tout ça, ils arrivent quand même à créer ! Et, que s’ils se libéraient de leurs blocages, peut-être que leur projet, sans masque et sans barrière pour l’entraver, prendrait encore plus d’ampleur et de lumière.

Ton approche est personnelle, elle mélange les différents savoirs et compétences acquis dans ton parcours professionnel et personnel…

Mon approche est singulière dans le sens où je ne sépare pas l’artiste de l’être humain. Selon moi, l’artiste n’a pas de problématique artistique mais une problématique de l’être. Il est important de comprendre que je ne mets pas de côté les questions de forme pure comme la direction artistique du projet, les choix de mise en scène ou les arrangements… mais c’est un peu comme l’allopathie qui va plutôt traiter le symptôme que la cause. Le symptôme étant vu, ici, comme une manifestation extérieure et non comme une maladie. Par exemple, le symptôme pourrait être la difficulté à interpréter un morceau en particulier ou buter sur l’écriture d’un pont. Si l’artiste ne cherche pas la cause profonde de son blocage, il sera irrémédiablement confronté aux mêmes difficultés à l’avenir. Je vais bien évidemment travailler sur la forme mais une fois que l’on aura travaillé sur le fond. Pour moi, la justesse est l’équilibre entre ce qui se manifeste à l’extérieur et la vie intérieure.

Dans ton stage  « De la direction artistique à la production », tu amènes les artistes à être plus autonome dans la production de leur musique. Pourquoi les pousser vers cette autonomie ?

Mon envie principale est de leur montrer que ce sont eux les leaders de leur projet. Aujourd’hui, il y a une perte d’autonomie et de prise de responsabilité de l’artiste. Bien souvent, il s’excuse d’être là, il se met dans une position d’attente. Hiérarchiquement, il se place en dessous des professionnels du secteur (labels, maisons de disques…), alors que c’est lui le boss ! L’artiste est le moteur, c’est lui qui décide de comment les titres doivent sonner, de qui il doit s’entourer, de quand les choses doivent être faites. L’autonomie est indispensable pour prendre ou reprendre en main les rênes de sa carrière.

Ces 2 formations sont proposées en formule collective. En quoi est-ce important que ces stages se passent en groupe et non de manière individuelle ?

Il est plus compliqué de vivre ses peurs, de les partager, de les évoquer devant d’autres gens. On a toujours peur tranquillement dans sa tête mais une fois qu’il faut s’exprimer devant les autres, sortir de sa zone de confort, c’est différent. Le travail en collectif permet ainsi de se confronter au regard de l’autre. Mais, la force du groupe est double ; il donne de l’énergie, permet la richesse dans l’échange créatif et rassure les artistes sur le fait qu’ils ne sont pas seuls à vivre les mêmes difficultés.

 

Propos recueillis par le Studio des Variétés
https://bit.ly/2H0vEen

 

By | 2018-06-21T16:06:48+02:00 avril 22nd, 2018|Inspirations|0 Comments

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